La chronique de la dame athée

02 avril 2001

Le carême


      Il fut un temps où pour un incroyant le Carême était une période "bénie". En effet, dans les années 60-70 (du 20ème siècle), nous profitions du mardi-gras, de la mi-Carême, et pour finir de Pâques et ses chocolats sans se taper la pénitence que ces fêtes étaient censées adoucir. Enfin, quand j'étais gamine, le Carême signifiait pour moi "Carnaval". Nous en profitions d'autant mieux que la pression sociale qu'exerçait les cathos était fortement battue en brèche et qu'ils n'étaient plus en mesure de menacer d'ostracisme les mécréants.

      Aujourd'hui, les pratiques religieuses ont entraîné dans leur chute le Carnaval. Rendez-nous le Carême ! Il faut dire que pour le vicaire de Notre Dame (Ouest-France du 6 mars 2001) chargés des "recommençants" – ceux qui font une rechute "mystique" après 40 ans – le Carême c'est quand même "40 jours sans alleluia", faut tenir ! 40 jours sans alleluia, mais pas sans cloches ! Ceux qui ont cru que la masturbation les avait rendu sourds devraient vérifier s'ils n'habitent pas près d'un clocher !

      "Jésus" aurait jeuné 40 jours dans le désert, plus fort encore les Hébreux ont erré 40 ans dans le désert, peut-être le même. Les 40èmes rugissants, Ali Baba et les 40 voleurs, le chiffre 40 plait beaucoup ; semaine de 40 heures, mettre en quarantaine, simple coïncidence ? Je ne le pense pas. Les chrétiens ont piqué l'idée aux Hébreux, mais pour ces derniers qui leur a mis ce chiffre en tête et pourquoi ? Si quelqu'un a une idée, je suis preneuse…

      Le désert a aussi beaucoup de succès. Un séjour dans le désert était du dernier chic. Moïse, Jésus, Mohamed y sont passés sur les traces de Boudha qui semble le premier avoir tenté l'expérience. Que du beau monde. Moi, je me demande ce que ces récits de pénitence dans le désert devaient inspirer autrefois aux braves paysans de notre Europe septentrionale. Eux qui passaient de longs hivers dans le froid, la neige, sous la pluie, on venait leur parler de punition dans un endroit chaud et sec ! Ils auraient plutôt été du genre à se réfugier en enfer en demandant qu'on ferme bien la porte pour éviter les courants d'air !

      Ici, on a 40 jours de jeûne sans désert : privés de désert en quelque sorte ! (vieille blague éculée mais incontournable). Tout commence par le mercredi des cendres. Ah les cendres, ça ne nous rajeunit pas ! C'est un vieux truc de l'antiquité. On se couvrait la tête de cendres en signe d'affliction. Coutume pieusement gardée en souvenir également des autodafés où ont disparus tant d'opposants au pouvoir, exécutés sous le nom d'hérétiques. La Cendrillon du conte leur doit son surnom tant elle passait de temps, misérable, au coin de l'âtre au point que les cendres la recouvrait (je connais mes classiques ! ).

      Avant, le Carême, c'était du sérieux : pas de viande pendant 40 jours ; en ces temps de vache folle ce serait plutôt une bonne chose. Organiser la privation et le jeûne avant l'électricité et le congélateur, en fin d'hiver, alors que les provisions avaient de grandes chances d'être épuisées peut paraître stupide, à moins que ce ne soit pour les prolonger un peu et surtout j'y vois une restriction de la chasse. Et en période de reproduction du gibier, il apparaît plutôt intéressant de ne pas chasser. Je dis ça à tout hasard, si jamais un chasseur me lisait, surtout un chasseur d'oiseaux migrateurs.

      Enfin, maintenant, c'est plus du tout pareil. Le Carême, c'est fastoche, le minimum syndical. Selon le brave "père" on se prive de télé, de spectacles, de cigarettes, au choix. Pas un mot sur l'alcool et le sexe, que dois-je en penser ? Ce serait : "pas de cigarettes, whisky et p'tites pépées (ou p'tits mecs)" ? C'est du propre !
      Ah, aussi cette recommandation étrange : respecter les limitations de vitesse. Et pourquoi en période de Carême ? Le reste du temps, tout bon chrétien peut conduire comme un pied et faire un bras d'honneur à la flicaille peut-être tant qu'on y est ? Ah bravo ! Déjà qu'il a droit de picoller !

      Mais, pas d'inquiétude, nous savons bien que nous n'avons en France que de bons conducteurs parfaitement maîtres de leur vitesse et de leurs véhicules et qu'ils tiennent fort bien l'alcool. Et beaucoup se foutent du Carême comme de l'an quarante !

      La dame athée 02 avril 2001