La chronique de la dame athée

20 février 2002

Une morale particulière

« La religion, prétendent certains, est une garantie de moralité. On affirme même parfois que les athées étant sans foi sont sans loi. Ne pourrait-on pas, au contraire, démontrer qu'il ne saurait y avoir de vraie morale avec religion ? Loin d'être une garantie du bien, la religion, en effet, est au mieux une police, au pire une justification du mal » écrit France Garanchon dans « La Raison » de janvier.

Cette prétention de la part des dignitaires religieux et leurs adeptes à monopoliser la morale m'est des plus insupportable.

De quel droit se permettent-ils de distribuer les bons et les mauvais points ? Décrétant qui est bien et qui est mal, incitant les gens qui les suivent à nous rejeter, voire nous mépriser ? Quand bien même serions-nous impressionnés par leurs arguments, allons-nous nous mettre à croire pour autant ? Nous ne pourrions que faire semblant et cette fois, notre attitude serait immorale. Non, ça ne marche pas.

« Il n'est pas plus étrange qu'un athée vive vertueusement qu'il n'est étrange qu'un chrétien se porte à toutes sortes de crimes ; si nous voyons tous les jours cette dernière espèce de monstre, pourquoi croirions-nous que l'autre soit impossible ? » souligne Pierre Bayle.

Redisons-le encore et encore, non, la morale chrétienne, musulmane ou autre, ça ne marche pas. Comme si le fait de croire en un dieu miséricordieux dispensait ses adeptes de l'être eux-mêmes !

A la plus légère critique, les religieux crient à la persécution et question persécution, ce sont des connaisseurs. Il n'est jamais inutile de revenir sur les grands classiques que sont les croisades et ses nombreux massacres y compris de chrétiens, l'inquisition et ses chasses aux « hérétiques » et « sorcières » avec tortures et bûchers. Le dernier fut allumé vers 1730 en Allemagne. Jamais inutile ce rappel, quand les héritiers moraux de ces gens-là vous prônent avec aplomb la tolérance. J'oubliais qu'ils se sont auto-amnistiés.

J'ai un faible pour la reconquête du royaume de Cordoue puis de Grenade par les rois très catholiques espagnols. Alors que sous le califat les chrétiens et les juifs étaient libres à condition de payer un impôt, les musulmans furent chassés et avec eux les juifs. Les rois très catholiques ne supportant que les chrétiens. Bel exemple de tolérance !

Les musulmans esclavagistes ne seraient jamais pris à d'autres musulmans d'où les razzias dans les milieux chrétiens pour remplir les harems ottomans ou les incursions en Afrique noire animiste. Là, ils se retrouvaient en concurrence avec les chrétiens tout aussi esclavagistes avec la traite des noirs dont a « profité » le Nouveau Monde. Mais les chrétiens, ainsi que je l'ai découvert à ma grande surprise, eux, baptisaient consciencieusement leurs esclaves. Si bien qu'on s'exploitait en famille. C'est beaucoup plus sympathique. Un chrétien avait ainsi le droit d'acheter, de vendre ou de maltraiter un autre chrétien. C'est vrai qu'une fois baptisés, ces pauvres gens avaient le paradis garanti, alors autant y aller gaiement.

Ce doit être le raisonnement que se sont tenu les deux religieuses du Rouanda. Certainement pour rendre service aux uns et aux autres, elles ont livré à leurs bourreaux les malheureux réfugiés dans leur couvent. Elles ont même fourni le carburant pour aider à finir le travail. Un prêtre aurait lui franchement mis la main à la pâte. Il aurait retroussé ses manches de soutane pour aller vaillamment tailler du Tutsi et Hutu modéré. Cette horreur a duré trois mois sans émouvoir grand monde. Les massacreurs commençaient la journée au sifflet et terminaient de même. Entre-temps armés d'un coupe-coupe, ils taillaient des bras et des jambes comme ils auraient taillé de la canne à sucre. Les survivants allaient se cacher le jour dans les marais, revenant la nuit pour manger et découvrir les nouveaux morts. Certains, les plus las, les plus vieux ne repartaient pas au matin dans les marais. Voilà ce que fut le Rouanda. Voilà ce à quoi ont participé ces religieux dans ce pays à la culture catholique.

Les deux religieuses ont été jugées et condamnées en Belgique par un tribunal civil ; le prêtre se cacherait dans un monastère normand comme un vulgaire Touvier. Les religieuses sont toujours religieuses et le prêtre, prêtre. Silence radio de la hiérarchie. Pas de réaction horrifiée, pas de mise au placard, pas de dégradation, pas d'excommunication en vue. Même absence de sanction officielle pour les prêtres violeurs d'enfants, abandonnés à la justice civile. Ce qui est insuffisant pour les prêtres, de la part de leur Eglise.

D'autant qu'il n'en a pas toujours été ainsi. Vers 1930 plusieurs religieux dont Joseph Turmel furent excommuniés. Quel fut leur crime ? Avoir voulu réformer l'Eglise romaine. Turmel était un original qui après avoir enseigné les dogmes au séminaire s'aperçut que ceux-ci reposaient sur des sources falsifiées. Il n'eut de cesse de le démontrer jusqu'à son éviction et au-delà, étant devenu libre-penseur d'honneur. L'excommunication le privait de l'exercice de son culte et de moyens de subsistance, elle interdisait « charitablement » à tout chrétien de le fréquenter.

Plus près de nous, un certain Jacques Gaillot pour avoir légèrement taquiné le pape et ses conseillers se retrouva privé d'évêché. On ne discute pas avec la discipline !

Si j'ai bien compris, il serait moins grave de piller, massacrer, violer que de cracher dans la soupe en ne respectant pas la discipline et la vérité officielle. Parce que tuer, violer ne vont pas à l'encontre des idées évangéliques peut-être ? Curieuse morale qui craint plus un athée qu'un assassin.

Extrait du « catéchisme de l'Eglise catholique » approuvé par J.P. II :

« En tant qu'il rejette ou refuse l'existence de Dieu, l'athéisme est un péché contre la vertu de religion. »

La « vertu de religion » n'a pas besoin de nous pour être attaquée, ses propres adeptes suffisent.


Damathée 20 février 2002