La chronique de la dame athée

30 décembre 2004

Croire ou ne pas croire

Lisant un article traitant de la loi sur la laïcité à l'école (Valeurs mutualistes décembre 2004), j'ai découvert la réaction de Charlotte Djavann, l'auteur de " Bas les voiles ", je cite : " la laïcité est une valeur républicaine qui transcende toute croyance, religieuse ou non religieuse. Seule la laïcité permet la paix entre les différentes croyances, musulmane, chrétienne, juive, athée, agnostique, boudhiste, etc ".

Cherchez l'erreur. " Croire aux préceptes d'une religion ou à la non-existence de dieu " précise-t-elle. Ainsi, je " crois " à la non-existence de dieu ? Présenté ainsi, on peut se demander comment on peut croire à quelque chose qui n'existe pas ? Mais le problème dépasse la simple formulation. Cette affirmation conforte ce que j'avais déjà remarqué au cours de l'exposé sur la laïcité présenté à Rennes par Henri Pena-Ruiz qui a priori ne semble pas particulièrement pro-religieux. Mais quand il défend le principe de laïcité, c'est pour que toutes les composantes de la société chrétienne, juive, musulmane, athée, agnostique se sentent à l'aise.

Les personnes, a priori de bonne volonté, font un contre sens manifeste et désastreux. L'athéisme n'est ni une religion parmi d'autres, ni même une prise de position philosophique. Johannès Robin a écrit dans une " Tribune des athées " que lorsqu'on lui demandait s'il croyait en dieu, il répondait qu'il ne croyait pas, point final.

Je vais vous livrer un scoop : les athées sont des incroyants. C'est même à ça qu'on les reconnaît. Et comme ils ne croient pas, ils sont athées, accessoirement, si je puis dire. Le clivage se fait entre croyants et incroyants ; dans les croyants il y a toutes les religions, chez les incroyants, les athées ; les agnostiques hésitants entre les deux..

On trouve en Belgique le système de pilarité où le gâteau des subventions est partagé entre les religions reconnues et les curieusement appelées " laïques " (ou laïcs ?). Une part chacun, soit un quart pour les laïques, par exemple, et trois quarts pour les juifs, chrétiens et musulmans, alors que le non-croyant étant hors religion ne peut être placé sur le même plan ni considéré à part égale. Marché de dupes et amalgames.

Et pour les amalgames, les professionnels des religions s'y connaissent. Deux exemples, croustillants, parmi d'autres.

Dans un quotidien, je lis la déclaration satisfaite d'un imam comme quoi l'islam est une religion laïque, donc elle serait compatible avec notre laïcité. Il donne comme argument qu'il n'y a pas de hiérarchie religieuse chez les musulmans. Les imams sortent du rang et sont plus ou moins choisis par les fidèles un peu comme les pasteurs protestants. Soit, mais ne pas avoir de paye ne suffit pas pour être " laïque ". Etre laïque, c'est ne privilégier aucune religion et il me semble qu'un imam à tendance à privilégier l'islam non ? Le rapprochement entre " religion " et " laïcité " me laisse pantoise. Evidemment, on peut dire que l'islam est une religion de " laïcs " ce qui n'est pas du tout la même chose. Cet homme me paraissait connaître suffisamment notre langue et ses subtilités pour que je le soupçonne d'avoir confondu volontairement les deux mots, comme un vulgaire curé.

Mais ceux qui l'emportent haut la main question amalgame, ce sont quand même les raëliens. Claude Vorhillon avait lui-même annoncé la couleur ce fameux soir à la TV : " Ou bien le récit que je viens de vous faire est exact ou bien je suis un sacré auteur de science fiction ". T'es un sacré bon auteur de science fiction, vieux. L'ennui, c'est que des candidats au bourrage de crâne se sont précipités à ta suite et que ça a gonflé ta tête et ton compte en banque. Tu reconnais toi-même que depuis que tu es Raël tu peux te payer les voitures de course que tu veux. Mais voilà quand on prend des goûts de luxe, il faut que l'argent rentre. Et pour cela, tous les moyens sont bons. Courant novembre apparaissent de grandes affiches en ville sur les panneaux d'affichage libres. Mes yeux médusés ont pu y lire " Raël, une religion athée " ; et d'expliquer que le raëlisme n'a pas de dieu et même que cette " religion " fait appel aux notions scientifiques. Décidément, depuis l'affaire du soi-disant bébé cloné, rien ne les arrêtent ! Rois de la pub ! Les cathos avec leur " pose-caté " devraient en prendre de la graine. Le raëlisme sans dieu ? A d'autres, en tout cas, tous les ingrédients d'une religion classique y sont : - La création. Les petits hommes verts nous ont " clonés ". Au fait, pourquoi on ne ressemble pas tous, et pourquoi on n'est pas verts ? Ce serait joli. - La révélation : C. Vorhillon soi-même est initié dans la soucoupe où on lui explique le topo, lui fait visiter les lieux et où j'espère on lui paye un pot. - La prédiction : devenu Raël, C. Vorhillon écrit un livre, sa " bible " que ses adeptes s'emploient à faire connaître. Le problème est qu'ils le vendent, il n'y a pas de petit profit. Transformer ses adeptes en vulgaires marchands de livres, ce n'est pas " classe ". Bref, face à tous ces ingrédients, vous ajoutez quelques emprunts à la bible et aux évangiles pour faire plus vrai - ces écrits étant un comme on le sait un modèle de plausibilité - le tour est joué. Jusqu'au nom Raël à rapprocher d'Israël.

Face à tous ces gens qui volontairement ou non pratiquent les contre-sens et approximations vaseuses, nous brouillent les idées, franchement être athéiste, c'est un métier. Et pourtant, les athéistes sont tous bénévoles, c'est au moins à ça qu'on peut les reconnaître des religieux. Y a pas d'athéiste professionnel.

Les cas, de cette jeune, qui sur un site anarchiste, voulait changer le slogan " Ni dieu, ni maître " sous prétexte que les religions sont néfastes mais pas dieu, et de cette autre qui surenchérissait en réclamant le droit à la spiritualité car " spirituel " vient du mot esprit donc c'est penser, réfléchir, sont révélateurs d'une certaine confusion des " esprits " entretenue par les religieux de tous poils (de barbe). De même, avec une fausse largesse d'idées nous sont présentés des conférences, débats, livres susceptibles d'intéresser croyants et athées, le vocable " incroyant " étant moins usité. Cette façon de présenter tend à diminuer l'impact de l'incroyance et la présente souvent comme un manque, ceux qui ne sont pas encore convaincus, mais que l'on accepte quand même parmi nous. Une présentation moins pro-religieuse serait de dire : cette conférence … est susceptible d'intéresser " rationalistes " et " irrationalistes " ou matérialistes et spiritualistes (déistes). On s'aperçoit alors que le clivage est net et surtout que les athées n'ont pas de manque. Au contraire, ils utilisent à cent pour cent leurs cerveaux (même si le résultat n'est pas tojours à la hauteur) alors que les croyants en laissent une partie en jachère. Il suffit de ces quelques mots " magiques " comme " foi ", " religion ", " sacré " (livre, écritures …) pour que se ferment les zones de la logique, l'objectivité, la sincérité, la rationalité, ça fait beaucoup. Chez nous, athées, ces zones sont au contraire très développées et c'est pour cela que nous ne croyons pas.

Pourtant, malgré ou à cause de leur jachère, les croyants labourent le terrain et se trouvent des alliés inattendus. Yves Coppens, paléontologue, nous a présenté une reconstitution préhistorique d'une société à qui il attribue des rites religieux. Personne ne peut dire si ces rites ont existés ou non. Par cette reconstitution télévisuelle, il passe allègrement su scientifique à l'imaginaire. Il ya plus embarrassant : d'après lui, c'est par la religion que les premiers hommes se sont distingués des animaux.

De là à prétendre que pour faire pleinement partie de l'humanité, il faut partager une croyance, il y a un pas qui a été souvent franchi dans le passé et qui a coûté cher aux esprits non conformes.

Soyons vigilants pour que ces dérives ne se reproduisent pas.

Damathée 30 décembre 2004


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